| Le RHQ : un cadeau à offrir et à
partager
Pourtant, j’ignorais tout de son existence et du discours sur la
condition masculine. Je vivais ma condition, conditionnelle aux conditions
des autres. C’est ce qu’on m’avait appris dans ma jeunesse
: l’instruction en vue d’une réussite professionnelle,
une femme et des enfants, un nid familial confortable, la retraite éventuelle
et l’indépendance financière pour vivre enfin mes
priorités.
Comme tant d’hommes de cette génération d’après
guerre alors que la priorité portait sur la reconstruction, on
m’avait condamné tout jeune à me définir comme
pourvoyeur professionnel. Celui qui s’efface devant les priorités
des autres et qu’on peut se permettre d’effacer à la
moindre contrariété tant au boulot qu’à la
maison. Celui qui se tient droit sans broncher quand tout s’écroule
autour de lui. Celui qui doit nier ses insécurités pour
mieux s’occuper de celles des autres. Celui-là même
qui doit prétendre n’avoir besoin de personne pour vivre
sa vie.
Et puis un jour, tout cet échafaudage artificiel s’écroule.
La question dont j’ignorais l’existence se pose alors : Qui
suis-je vraiment ?
Soudainement, me voilà placé devant mon propre miroir sans
ne plus pouvoir me voir par les yeux des autres, sans objet de comparaison.
L’isolement, pour peu qu’on s’y attarde quelques instants,
devient source de renaissance pourvu que le mouvement soit au rendez-vous.
Période de réflexion salutaire, de lecture et d’écriture,
de re-définition et de re-programmation.
Se profile alors, accidentellement, l’existence d’un certain
RHQ. Pourquoi ne pas aller voir, s’informer, oser s’inscrire
et participer ? Mais un monde exclusivement composé d’hommes
peut faire peur. Que disent-ils, que font-ils dans ces groupes autogérés
?
Peu à peu, l’inconfort s’estompe au fil des semaines,
au fil des mois, avec le partage de ce que nous avons déjà
réalisé de nos expériences de vie respective. Nous
ne sommes plus seuls dans notre grande solitude. L’occasion nous
est donnée d’écouter les silences, de ressentir pour
soi la signification des paroles des autres, sachant d’avance qu’il
nous sera toujours impossible de vraiment comprendre ce que les autres
désirent nous dire. Ils sont eux, je suis moi, nous sommes différents
mais nous sommes ici, au même endroit, à ce moment précis
de notre vie. Ce qu’ils disent est important. Ce que nous intégrons
de ces paroles au fond de soi l’est encore plus. L’écoute
par le senti, dans le respect et le silence, sans interruption, sans question,
sans conseil, sans jugement, nous incite à voir plus loin au sein
de soi. L’écoute nous permet de confirmer si nous avons vraiment
intégré ce que nous pensions avoir appris. Elle nous permet
d’identifier nos limites artificielles que nous nous étions
données. Elle nous donne l’occasion soit de les éliminer
ou encore de les accepter et de remettre à plus tard leurs remises
en question. Mais au moins, nous voyons plus clair en nous.
Et puis un jour, une main m’est tendue pour me porter bénévole.
D’abord dans ma région et très rapidement, sans trop
comprendre ce qui m’arrivait, au Comité de coordination national.
Me voilà donc de nouveau en mouvement dans un univers professionnel
dont je croyais avoir pris mes distances depuis 6 ans. Au-delà
des mandats, j’y découvre des hommes riches et généreux,
des hommes pour qui le mot «partage» veut aussi dire «donner»,
des hommes dont la définition du temps est extensible. Je m’y
fais des amis et j’y découvre, tant au Coconat qu’au
Conseil du réseau en passant par les comités, de nouveaux
groupes qui m’enrichissent davantage d’autant plus qu’ils
me permettent de contribuer en retour de ce que j’ai reçu
depuis mon enfance. Le RHQ s’inscrit alors dans ma démarche
d’individuation.
En quelques mois, j’ai rapidement compris ce qui fait du RHQ le
centre par excellence en croissance personnelle pour les hommes du Québec.
Mais j’ai aussi réalisé à quel point il pourrait
contribuer à notre société s’il était
mieux connu et s’il pouvait aider à briser certains stéréotypes
masculins malheureux comme celui qui fait que, généralement,
les hommes ne demandent pas d’aide avant qu’il ne soit trop
tard. Un RHQ mieux connu, plus communicatif, pourrait s’ouvrir davantage
aux hommes qui ignorent encore ce qu’est une démarche de
croissance personnelle. Ce faisant, il contribuerait de façon significative
à la santé globale des hommes, à l’équilibre
qu’il nous faut trouver entre nos dimensions physique, psychique,
matérielle et spirituelle.
J’ai aussi constaté que, bien que la culture du RHQ nous
permette de sortir de notre isolement individuel, elle en condamne plusieurs
à l’isolement dans leurs groupes respectifs : «Mon
groupe d’abord et le RHQ, peut-être, ensuite…!».
Ces hommes en viennent à l’oublier et à oublier que
le RHQ leur a souvent redonné vie et mouvement avec ses bénévoles
extraordinaires qui les ont reçus avec tellement de chaleur humaine,
de compétences et surtout d’amour inconditionnel. Ils en
arrivent même à oublier de redevenir membre l’année
suivante et les années subséquentes et à assumer
leur part de responsabilité envers d’autres hommes qui, comme
eux, pourraient bénéficier du RHQ s’il était
mieux connu.
La communication, la promotion, la tenue d’ateliers et de conférences,
la mise à jour des outils qui sont mis à notre disposition
pour relancer le dynamisme de nos groupes quand ils s’enlisent dans
du déjà-vu exigent deux types de ressources capitales :
des ressources humaines d’une part et financières d’autre
part. Quand je constate que nos dirigeants se réjouissaient d’avoir
enfin pu faire élire un nombre suffisant d’administrateurs
au Coconat à l’occasion de la dernière Assemblée
générale annuelle, je m’attriste. Cette tristesse
s’accentue quand je regarde dans les données d’inscription
la pléiade de compétences professionnelles disponibles chez
nos membres qui restent invisibles. J’en arrive alors à m’interroger
sur la définition du mot «partage» pour certains.
Cette constatation n’est pas un jugement que je porte. Elle reflète
malheureusement une des caractéristiques de la nature humaine.
Pourtant, une des dimensions importantes de notre évolution, comme
hommes, reste et doit rester notre cheminement vers une plus grande spiritualité.
Or qui dit «spiritualité» soulève le constat
de notre interdépendance, dans l’univers bien sûr,
mais entre nous sur terre également. Au cours d’une vie axée
d’abord et avant tout vers la recherche d’une identité
affective et matérielle, ce concept nous échappe malheureusement
trop longtemps. Ce n’est pas toujours ce que nos parents nous ont
montré. Ce n’est certainement pas la composante majeure de
nos premiers échanges hors familles quand nous étions jeunes.
Ce n’est pas la raison d’être principale de nos écoles,
de nos collèges et de nos universités. Ce n’est pas
inscrit dans nos descriptions de tâches au boulot et surtout pas
dans les critères qu’on nous sert lors de nos évaluations
de performance annuelles. Et j’attends encore de voir un conseil
d’administration ou encore un conseil des ministres qui ose inscrire
à l’ordre du jour : «Promotion du respect de la dignité
humaine : état de la situation».
Pourtant, c’est ce que nous visons tous dans nos groupes de parole
respectifs ; c’est ce que nous apprenons, c’est ce que nous
vivons. Le RHQ nous offre donc une occasion unique de nous aider et en
aider d’autres à briser ce paradigme. Il est un cadeau que
nous pourrions offrir à 50% de la population sur terre pour peu
que nous exercions suffisamment d’imagination. Alors je me suis
dit, avec le plaisir d’oser de cet enfant en moi que je n’ai
pas oublié, «tout est possible !». A défaut
de trouver à l’interne les ressources nécessaires
pour ouvrir davantage les portes du réseau aux hommes qui ne le
connaissent pas et qui pourraient tellement en bénéficier
et y contribuer, nous irons les chercher ailleurs. Nous irons les chercher
chez de nouveaux membres qui s’inscriront quand ils réaliseront
toute la richesse qui s’y trouve. Nous les formerons, nous leur
donnerons les outils qui s’imposent. Ils deviendront notre plus
grande richesse, pour nous, les hommes et la société du
Québec d’abord et ailleurs plus tard. Ils constitueront notre
relève de bénévoles pour notre mieux être et
celui de l’humanité.
Il nous restera à convaincre le gouvernement de nous donner les
moyens financiers temporaires appropriés. Comment pourrait-il s’objecter
à la vertu ? Comment pourrait-il ne pas reconnaître que la
prévention en matière de santé mentale des hommes
a bien meilleur goût et bien meilleur coût que la gestion
de conséquences des crises psychologiques ou cardiaques qui auraient
pu être évitées?
Alain-F Desfossés
Vice-président RHQ,
Jai peurs
Jai peurs : comme dans le phénomène affectif proprement
dit, et comme dans les craintes spécifiques que je connais et dont
je narrive pas tout à fait à prendre le contrôle.
Ça fait très inusité, original et à la limite,
poétique, davoir « peurs ». Au-delà des
peut-être beaux mots, cest de ma chienne de vie dont je parle.
Ce ne sont pas des mots, ce sont des insomnies, des maux de ventre, des
distractions, des oublis, des ongles rongés sans savoir qui les
a rongés.
Lhistoire a commencé au CLSC. Une salle dattente de
quasi-hôpital, là où le malade québécois
gaspille probablement le tiers de la vie de ses maladies. Jétais
presque seul. Jattendais de rencontrer « mon » médecin
de famille. Je lisais des brochures et des dépliants. Cétait
avant les magazines de lhôpital. Et une de ces brochures disait
que la prostate pouvait être malade chez tous les hommes, que la
probabilité croissait avec lâge, que certains facteurs
de vie pouvaient aider à engendrer le malfonctionnement de cet
organe exclusivement masculin. Cest ben qutrop vrai! Les femmes
ont les ovaires, etc., nous avons la prostate, etc. Les systèmes
humains de reproduction
Un petit questionnaire autodiagnostic dans la brochure. Javais toutes
les réponses « bonnes ». Javais tous les symptômes
dun dérèglement de ce machin-là. À quoi
ça sert déjà? Cest où exactement? Comment
est-ce que ça peut nuire à lévacuation urinaire?
Quels genres de maladie peut-on attraper là? Mon médecin
de famille écouta attentivement. Me fit un examen, me prescrit
une prise de sang et me référa à un urologue sur-le-champ.
Je consultai la spécialiste à son bureau. Mais le fait de
devoir uriner devant des tiers me déplût souverainement.
Dautant plus que cétaient des femmes qui me regarderaient.
Pas pour moi. Merci.
Je croyais que si joubliais mes problèmes de miction, ils
disparaîtraient par eux-mêmes. Belle pensée magique!
Plusieurs mois à ne dormir que des nuits tronquées par lenvie
duriner, à ressentir des brûlures à léjaculation;
jusquà mon examen annuel. Où mon médecin de
famille refit un toucher rectal et me prescrit une prise de sang. Le toucher
était normal. Mais lantigène prostatique spécifique
(APS) dépassait la borne maximale de la normale. Biopsie : négatif.
On se revoit dans six mois pour examiner la situation à nouveau.
Jétais daccord, mais en mon for intérieur, jétais
persuadé de ne pas être atteint de quelque maladie que ce
soit. Ma prostate était enflée, cétait tout.
On me lavait même dit à lexamen médical
dentrée à luniversité, il y a bien longtemps.
Peut-être que je ne faisais pas lamour assez souvent?
La spécialiste savait cependant de théorie et dexpérience
quun taux dAPS élevé ne dévoile pas une
banale enflure de la prostate. La plupart du temps, le gonflage de la
petite glande se fait sous limpulsion de cellules cancéreuses.
Je ne savais pas. La spécialiste le savait, mais ne pouvait saventurer
à spéculer hors des limites scientifiques de la médecine
: il fallait que le cancer soit trouvé avant quelle naborde
ce sujet. Cétait comme le « cas » de la femme
enceinte : tu les ou tu ne les pas. À défaut
de certitude démontrable, il ny a pas de « cas ».
Et jétais un peu incrédule : je suis trop jeune, je
nai plus quun seul symptôme, ça ne peut pas marriver
à moi parce que je suis très fort et jai toujours
surmonté toutes les difficultés et les maladies.
La spécialiste ne lâchait pas prise. Avec en mains les résultats
effarants dune nouvelle analyse sanguine, elle devait enquêter
à nouveau, de visu encore. Cette fois, elle y mit toute sa détermination.
La douleur de se faire enfoncer un « tuyau de plastic » froid,
rigide, dur et volumineux dans lanus, fut plus que détestable.
Mais je ne pus mempêcher de la remercier. Javais eu
très mal, mais je sentais quelle voulait savoir, trouver
ce qui faisait grimper le taux dAPS dans mon sang. Et que cétait
pour ma santé quelle le faisait.
« Jai trouvé ce que je cherchais. » Deux semaines
après la deuxième série de biopsies : un cancer en
bonne et due forme, un T1C tout neuf mais susceptible de déborder
des structures de lorgane lui-même ou « den effleurer
la surface ». Cette spécialiste a toujours la justesse et
lintelligence du propos. À condition que le patient puisse
encore entendre quoi que ce soit après « T1C ». Elle
sait que ce nest pas facile pour lui; elle approfondira lexplication
quelques jours plus tard, quand le patient aura réfléchi
et consulté écrits et vidéo généreusement
distribués.
« Comprenez-vous? » Oui, cest à vous que je parle;
à vous qui lisez. Comprenez-vous bien? Je suis un homme, un mâle
de lespèce. Ça na rien à voir avec le
machisme, mais mon système reproducteur est malade. Ma sexualité,
limage que je me fais de moi, sensible, sensuel, romantique, tendre.
« Vous vous trompez, Monsieur, ce ne sera plus vous. » Je
sais, mais ça ne pénètre pas très bien, voyez-vous.
« La science médicale a fait de grands progrès. »
Si vous saviez combien je men fous, combien je ne veux plus entendre
cette phrase répétée autant par les patients en salles
dattente que par Charles Tisseyre, à « Découverte
». La science est grande, exceptionnelle, extraordinaire; mais pourquoi,
bordel, doit-elle sappliquer à moi?
Je nai rien demandé. Ni sollicité. Jai fait
une vie comme celle de nimporte qui, sans doute. Jai baisé
par amour ou par pulsion chimique. Je suis papa. Je ne peux plus être
papa, à moins dune chirurgie complexe à deux. Je nai
plus besoin de mon système reproducteur pour me reproduire. Et
pourtant, il est tellement moi, fusionné en mes corps et âme
et coeur. Je ne veux pas me reproduire, mais je suis sexué. Sans
possibilité de sexe dorénavant? Ces émotions ne me
mèneront nulle part, sinon à la panique.
Ouais, mais je les ressens ces émotions. Elles mhabitent,
me possèdent; de la même façon que mes sentiments
sont sexués. Je vis avec les organes et les hormones dun
mâle. Jai peur de ne plus pouvoir avoir dérection
: 60% des patients qui subissent une prostatectomie radicale subissent
cet effet secondaire. Jai peur de ne plus savoir comment transposer
en actes le désir charnel et spirituel que je ressens pour ma compagne.
Cest pourtant simple à faire, dautant plus que je connais
tous les autres substituts, méthodes, approches, etc.
Mais cest moi qui ai le problème, comprenez-vous? Cest
pas la médecine, ni la littérature, ni la psychologie, ni
la pharmacopée. Cest moi qui aurai ce réflexe dinhiber
dorénavant mon fantasme de pénétrer la femme que
jaime sans la quitter des yeux, sans cesser de sourire, sans cesser
de lui soupirer que je laime, que je la prends et que cet acte consacre
notre amour et lélève au-delà du temps et de
lespace. Vers la poésie immortelle de lamour. Je ne
pourrai probablement plus mexprimer avec ces moyens naturels «
indestructibles ». Ma nature fout lcamp. Les injections à
la base du pénis, les suppositoires et les "Viagra" ne
remplaceront pas : ils pourront créer une sorte dillusion
temporaire. À moi, ils rappelleront que mon impuissance est permanente.
« Aie, mon grand, quessé-qtu fais avec ça?
» Jai peur de mourir sous anesthésie; cest ridicule
parce que ça narrive que très rarement et que je ne
men apercevrai pas. Mais jen ai peur. Jai peur dy
rester dune manière ou dune autre. Comme si ma tête
pouvait décider que je crevais durant lopération;
comme si mon coeur se disait : « Encore vingt battements, puis on
arrête. »; comme si mon ventre me prévenait : «
Timagines pas que jvais me laisser refermer comme ça.
Tu les as laissés mouvrir, crèves-en! »
Mais non, cest idiot, tout ça. Et ce ne sont que des émotions.
Et que nous autres les gars, on sait très bien refouler tout ça;
on sait depuis la tendre enfance quon est « toffes »
et que, par conséquent, les émotions nont rien à
voir avec notre monde. Et cest pour ça quon nen
parle pas entre nous et quon laisse ça aux femmes. Le placotage,
cest leur affaire.
Quand jai peurs, à qui est-ce que jen parle? Est-ce
que jen parle? Est-ce que ça se discute? Papa na pas
eu ce problème de prostate. Et je nai jamais rien entendu
parler de tel dans mon entourage masculin. Les femmes parlent de leur
« grande opération » ad nauseam. Heureusement, elles
en parlent surtout entre elles.
Et si elles lisent mes réflexions, elles seront trop fières
de dire aux autres « que les hommes, cest dont faibles parce
que ça parle de rien, ça sait pas communiquer, que cest
écrit dans le journal et par un homme soi-même et quen
plus dêtre des écurants et des irresponsables,
ça parle pas, ça refoule tout et que cest donc pas
comme des femmes. Pis ça veut être pères!!! »
À la fin, je pense quelles ont raison. Les hommes ne parlent
pas; ils ont peurs, eux aussi, mais personne ne le sait; ils se le taisent
souvent à eux-mêmes; ils ont mal à leur sexualité,
mal à leur amour, mal à leur âme et espèrent
trouver quelquun qui pourrait être à lécoute.
Oui, il faudrait bien quun jour, les hommes se retrouvent entre
eux et parlent deux-mêmes. Loin des femmes. Pour faire comme
si les féministes ne les avaient pas humiliés ou injuriés
depuis des décennies, sous prétexte que les hommes les ont
fait souffrir dans le passé. Mais celles qui ont souffert sont
mortes; autant que les hommes qui les auraient fait souffrir. Nous sommes
toujours vivants.
Jai encore peurs. Ça me tord les yeux de larmes qui ne veulent
pas couler; ça menserre la gorge jusquà la bloquer;
ça métouffe à me faire tousser pour ne pas
masphyxier. Jen parlerai à mes chums. Mais je ne sais
pas comment aborder le sujet. Est-ce quon dit ça comme ça
: « Salut Claude. Je profite de loccasion pour tannoncer
que jai un cancer de la prostate, que jai peur de mourir et
que je suis complètement désemparé parce que je ne
saurai plus vraiment comment exprimer mon amour à ma blonde. Pis,
toi ça va? »
Non, vraiment! Je préfère le silence. Il me parle de ma
vie avec ma blonde et de ses sourires. Jpense qua comprend
que je laime même si jbande pus. Asteure, ctà
moi dcomprendre.
Robert Lebrun, RHQ Bas-St-Laurent Le Bulletin,
Et
lécoute, bordel !
On vient à peine de naître et on nous apprend à parler. En fait, il faut parler si nous voulons communiquer. On s'efforcera alors de nous faire dire « papa et maman », et lorsqu'on y réussit, c'est au grand plaisir de nos parents aimants et protecteurs.
Plus tard on nous apprendra les règles de grammaire, plus tard on nous dira qu'il faut parler au JE, qu'il faut parler de nos émotions, qu'il faut
, qu'il faut faire plein de choses pour bien être compris. Et ceux qui ne parlent pas, eh bien, c'est probablement parce qu'ils n'ont pas appris à bien parler. Alors on leur montrera.
Mais qu'en est-il de l'écoute? Apprend-t-on à écouter? Quel effet a l'écoute sur la personne qui parle?
Il y a déjà plusieurs années, je choisissais de faire partie des Grands frères de ma région et je donnais mon nom pour m'occuper d'un jeune. On me propose alors un gars de 14 ans avec de légères difficultés d'apprentissage. Il avait de la difficulté dans sa famille et à l'école et il était assez replié sur lui-même. On me dit alors : « C'est un gars charmant mais il ne parle pas beaucoup, il ne faudra pas t'attendre à de grandes conversations. »
Alors arrive le jour fatidique. Le rendez-vous est fixé un jeudi à 16 h, et le jeune garçon sera accompagné, pour cette première fois, de son travailleur social. Je me souviens d'avoir eu la trouille, d'avoir regretté de m'être inscrit à ce mouvement. Alors ils arrivent, je tends la main à mon petit frère et on se dirige vers la polyvalente pour une partie de billard. Je ne savais pas quoi dire. On commence à jouer très maladroitement, et c'est mon nouveau petit frère qui commence la conversation. Il me demande si j'aime le hockey. Il commence alors à me parler des Canadiens de Montréal, de son rêve de les voir jouer. Il me parle aussi des jeux qu'il aime faire, il rit, me taquine et me parle sans arrêt pendant une heure. Je me suis dit alors « Une chance qu'on m'a dit qu'il ne parlait pas beaucoup, qu'est-ce que ça serait autrement? »
À 17 heures, il vient me reconduire chez moi et à la porte il me dit: « On joue-tu aux cartes? » Je lui dis: « J'peux pas, je dois souper », « Alors, après souper? » « Je peux pas non plus, mais on se reprendra demain. »
Son insistance m'avait touché. Une larme au bord de l'il, je me demandais ce qui avait tant intéressé ce jeune garçon dans l'heure que nous avions passée ensemble. J'avais rien dit. J'ai réalisé alors que j'avais tout simplement écouté.
J'ai compris que ce garçon savait parler, s'il ne le faisait pas c'est qu'on ne l'écoutait pas. L'écoute commence d'abord par notre capacité d'accueillir l'autre tel qu'il est. C'est d'abord nous montrer intéressé à lui. C'est d'abord nous centrer sur lui. C'est ne pas le juger. C'est accepter que ça sortira tout croche, c'est accepter de se préoccuper de ce qui se passe d'abord en lui et non en nous.
Lorsque quelqu'un désire nous parler de sa souffrance, il faut alors choisir si nous voulons l'écouter et l'aider. Et, si oui, alors je crois qu'il faudrait bannir de notre vocabulaire les mots comme « tu devrais parler au JE », « Je suis dérangé par ce que tu me dis », « Si tu parlais autrement »,etc.
Quand quelqu'un commence à nous exprimer une colère, il faut accepter que ça sortira tout croche. Si quelqu'un se noie, on ne commencera pas à lui dire: « Ben si tu avais suivi des cours de natation tu n'en serais pas là. » «J'aime pas ça entendre quelqu'un crier. » Au lieu de ça, tu fermes ta gueule et tu lances la bouée. Après, tu lui montres à nager.
Accepter d'écouter, c'est d'abord ça, c'est de tendre la bouée, c'est accepter la panique, c'est accepter de se faire égratigner au passage.
Je suis convaincu qu'une grand part du silence des autres est liée à notre incapacité à les accueillir, à les écouter, à nous montrer intéressé. Nous devrions nous donner des ateliers sur l'écoute et sortir un peu du discours qui dit qu'il faut apprendre à parler au JE.
Ce qui est vrai individuellement est vrai aussi au chapitre du Réseau. Je crois que le RHQ devrait commencer à se montrer accueillant et intéressé envers les hommes qui sont à l'extérieur. Se montrer intéressé, c'est accepter d'aller voir ce qui se passe chez eux. C'est accepter de parler publiquement comme RHQ dans toutes les tribunes pertinentes. Il nous faut aller parler ou écrire là où il le faut de ce que vivent les hommes, de ce qui nous touche là dedans, de ce que nous croyons qu'il faut changer pour eux, de dire comment nous croyons qu'il nous faut nous occuper d'eux. Il faut tendre la bouée et arrêter de les rendre toujours responsables de leur malheur. Lorsqu'ils auront la tête en dehors de l'eau, alors ils apprendront bien à parler et à agir.
Si les gars voient qu'on se préoccupe d'eux, qu'on met pour eux des mots sur leur souffrance, qu'on crie pour eux leur désespoir, alors ils viendront et alors nous leur apprendrons
Comme j'ai appris à mon petit frère qui est devenu grand !
Et il nous est agréable de nous parler aujourd'hui comme toujours. Et on ne dit plus de lui qu'il ne sait pas parler.
Daniel Desbiens, RHQ Québec - Le Bulletin,
Une rencontre inattendue
Il est 4 heures du matin, un vendredi, le 30 avril 1993, nous partons, Louise et moi, pour Cap Hatteras, en Caroline du Nord. Nous en avons pour une journée et demi à rouler avant datteindre cette bande de sable qui sétire en pleine mer le long de la côte américaine. Ce sont des kilomètres de plages que nous ne pouvons pas voir de la route parce quelles sont cachées par les dunes de sable.
Il ny a pas darbres, que des arbustes. Des brindilles dherbes asséchées par le soleil se balancent de gauche à droite au gré du vent. On y voit plein doiseaux de toutes sortes qui ne semblent pas dérangés par notre présence. Ils peuvent se sentir en toute sécurité parce quils vivent dans un parc national où la flore et la faune sont protégées.
Enfin, nous voilà rendus au terrain de camping. Il est grand, collé sur la mer et peu fréquenté en cette période de lannée. Nous avons loué une maisonnette. Nous ne voulons pas revivre lexpérience dy a deux ans où sous la tente nous avions passé une semaine à braver les orages et les vents violents. Ça été des vacances infernales. Cette fois-ci, pas question dutiliser la tente.
Louise tenait à revenir à Cap Hatteras parce quelle trouvait le coin joli et sauvage. Elle voulait sûrement exorciser les mauvais souvenirs de nos mésaventures, en particulier, cette fracture de lavant-bras gauche quelle sest faite en trébuchant sur le petit poêle au charbon de bois que javais laissé traîner.
On se promettait donc de passer une semaine de soleil, de marches sur la plage, dexcursions et de lectures. On se préparait également à passer une semaine à faire lamour. Eh oui! Nous avons toujours été des amants dun jour depuis plus de 20 ans. Cest ici et maintenant!
Malgré le fait que nous étions bien installés, nous nous sommes mis à la recherche, pendant une demie journée dun chalet sur le bord de la mer. Nous voulions être encore plus collés à la mer, la voir dun balcon, au déjeuner, au dîner et au souper. Nous avons trouvé mais après des hésitations, nous décidâmes de rester au camping. Nous y sentions bien.
Nous passions donc cette semaine de mai sur le bord de la mer et nous avions droit à du temps ensoleillé le jour, à des nuits étoilées qui ont été à quelques reprises, cachées par les nuages. Nous avons même profité de quelques soirées de pleine lune. Je me suis dailleurs dit que jallais me lever assez tôt un matin pour voir, en même temps, la nuit se coucher et le jour se lever.
Cest à lavant-veille de notre départ que je réussissais lexploit de me lever si tôt, 4 heures du matin. Il faut dire que nous étions si fatigués à notre arrivée que nous dormions facilement 12 heures par nuit. Nous nous faisions bercer par le bruit régulier des vagues qui se jetaient sur la grève.
Ce matin-là, je me levai frais et dispos et bien intentionné à voir ce spectacle unique de la rencontre du jour et de la nuit. Je me rendis à la plage lentement, en regardant le ciel étoilé et la lune qui séloignait vers lhorizon. Jai franchi les dunes en passant par un sentier ensablé. Puis sur la plage, je me suis arrêté pour bien voir ce ciel, cette mer et cette plage. Jécoutais en même temps le bruit de la mer qui menveloppait. Les dunes formaient un rempart qui misolait pour me laisser enfin seul avec lunivers.
Jai décidé dentreprendre la marche sur la plage de façon à voir la lune en face de moi pour bien la voir, elle et sa nuit étoilée. De temps en temps, je me retournais du côté de lhorizon, au fond de la mer, pour scruter larrivée du jour. Graduellement, des nuages au fin fond de lhorizon se mirent à séclairer discrètement. Je continuais ma marche, en respirant bien lair salin et en écoutant le bruit incessant des vagues. Je savourais des yeux la luminosité de la lune sur les dunes.
Je me retournais toujours pour voir progresser le jour. Je savourais également la luminosité des nuages à lhorizon qui prenait de lorange pâle marbré de blanc. Je me suis mis à penser à Simon, mon fils décédé de la leucémie 4 ans plus tôt à lâge de 10 ans. Je me suis mis à avoir envie de crier son nom. Cétait une occasion inespérée de hurler ma peine sur les flots. Je métais jamais permis de le faire parce que je nosais pas. Je rongeais ma peine en silence. Javais peur de ce que diraient les gens autour de moi : un gars qui crie sa douleur, pas capable de la contenir.
Je me suis placé dos aux dunes et face à la mer. Dans le bruit assourdissant des vagues jai crié Simon
Simon
Simon, je taime! Puis, je me suis arrêté. Je sentais dans mon être la charge émotive de mon cri. Je continuais à regarder lhorizon, et la lumière sétendait de plus en plus. Je me retournais pour voir aller la nuit qui fuyait lentement sous léclairage du jour. Je me suis mis de nouveau à crier : Simon
Simon
Simon, je taime! Cétait des cris secs et violents à la fois. Jai dû répéter ces cris une dizaine de fois. Puis, je me suis mis à marcher en ayant cette fois le jour en face de moi et la nuit dans le dos. Je me sentais libéré de mavoir vidé le cur.
Après quelques pas, je me suis arrêté pour admirer ce fond de ciel ennuagé qui venait de prendre un coup dorange plus foncé. Puis, une boule ronde, partiellement couverte par un nuage est apparue. Cétait beau à voir. Le soleil sest mis à tracer une ligne rosée sur le bleu de la mer jusquà moi. Cétait total! Jai eu le réflexe, au même moment, de jeter un coup dil à mes pieds.
Quelle ne fut pas ma surprise de voir parmi les milliers de petits coquillages qui traînent toujours sur le bord de mer, un petit coquillage en forme de cur, sculpté par la mer. Je lai pris dans ma main. La forme du cur était si remarquable que je me suis mis à pleurer, épris dune émotion si intense. Simon avait répondu à mon appel. Jétais au rendez-vous pour cette rencontre inattendue avec mon gars.
Était-ce le destin? Un signe de mon fils! Était-ce le hasard? Je me serais retrouvé là, à la bonne place et au bon moment! Un phénomène semblable sétait produit lors du décès de mon fils sur le lit de lhôpital pendant que toute léquipe médicale tentait de le réanimer dun arrêt cardiaque. Suite à une injection dans une veine de la cuisse, une gouttelette de sang en forme de cur est apparue lors du retrait de la seringue. Jai regardé linfirmière pour lui demander si elle voyait bien ce que je voyais puis je me suis ravisé. Était-ce une hallucination? Je ne sais pas. Je suppose que jai vu et senti ce que je voulais sentir au fond de moi-même.
Ce matin-là, au bord de la mer, jétais probablement très réceptif à ce qui mentourait. Je me sentais serein, le cur ouvert et lesprit centré sur la nature. Mon côté sensible et mon côté spirituel se sont donnés la main et jai senti linvisible : moi et lui dans lunivers. Salut, ti-loup!
Pierre Gareau, RHQ Montréal - Le Bulletin,
Maman, jthaïs !
Ça ne se fait pas de parler en mal de sa mère.
Jadis, jai aimé ma mère. Je ne lui trouvais aucun défaut. Jai les meilleurs parents du monde, me disais-je. Je laimais tellement que je faisais tout pour lui plaire. Enfant doux, calme, serviable, je réussissais bien à lécole et dans les sports.
Maintenant je suis grand. Jai 33 ans. Mais à lintérieur je me sens encore parfois comme un petit garçon. Je confonds ma mère avec tout le monde. Je veux plaire à tous, je vis pour les autres et je suis tanné de ça. Jen ai ras le bol de réagir à ma femme comme si elle était ma maman qui gronde son enfant. Je ne suis plus un enfant. Je suis Monsieur Éric et je vais lui dire toute ma vérité par cette lettre.
Maman, je naime pas ça quand tu ne me considères pas. Ça me fait de la peine quand je vais te voir et que tu ne me parles que de mon grand frère. Je ressens un grand vide dans mon cur quand je me rends compte que tu ne mécoutes même pas. Parfois je te parle de quelque chose qui me tient à cur et tu me coupes la parole pour me parler de choses insignifiantes. On est souvent dans deux mondes parallèles.
Ton relent dalcool me lève le cur et le smog de fumée de cigarette qui tentoure me coupe le souffle. Je naime pas aller te visiter car tu fais pitié à voir et ça me déchire. Ta peau est malade, desséchée et elle te colle aux os. Jai peine à voir une femme en toi. Tes yeux jaunes et veineux, tes dents noires et rongées me font peur. Jai honte quand il faut que je supporte tes 57 ans ravagés par lalcool pour marcher ou quand tu tappuies sur ton panier dépicerie pour avancer. J'ai honte que tu naies plus de fierté, que tu nas que des loques à te mettre sur le dos. Je thaïs pour ta fierté évaporée. Tu as bu ton condo, tes économies et tout ce que tu avais. Je naccepte pas que tu sembles avoir oublié tout cela !
Jai honte dêtre à tes côtés en public. Tu mécoeures avec tes menteries. Tu arnaques mon argent. Tu négocies mon amour, tu manipules tes deux fils sans scrupule pour obtenir de largent. Tu as siphonné lamour maternel qui nous unissait à chaque promesse non-tenue, à chaque discours explicatif, à chaque excuse. Tu as emprunté sur lamour inconditionnel qui nous unissait. Trop, cest trop, crisse ! La marge de crédit est pleine et je ferme ton compte. Arrête de mappeler juste quand tu as besoin de moi. Arrête ! Tu me fais chier quand tu mattires dans ton antre avec un faux prétexte pour finalement me demander dapporter des cigarettes en passant. As-tu pensé que je mimagine toujours que tu veux ME voir parce que tu tes ennuyée de moi et quà chaque fois ça me transperce lâme de réaliser que je me suis royalement trompé ? Ça me fait suer de ne pas être capable de te dire non. Non, cest assez !
Jen ai assez de toutes les fois où je suis allé chez toi pour «taider», te sauver. De toutes les fois où je tai retrouvée saoule morte dans ton lit qui puait lurine. Jthaïs pour la fois où tu me prenais pour un autre et que tu voulais faire lamour avec moi. ! Jthaïs pour lautre fois où alors que je te déclarais que je taimais malgré tout, je sentais ton urine chaude couler sur ma main. Je mhaïs pour avoir fait le ménage chez toi et sorti cinq sacs de vidange pleins de bouteilles. Je voulais taider, je voulais juste taider
Je me suis fait mal. Javais honte quand les pompiers mont appelé parce que tu avais mis le feu à ton matelas. Javais terriblement honte devant tous ces regards qui chuchotaient.
Maintenant, je ne te prête plus dargent. Comme par miracle, on dirait que je compte plus pour toi quavant. Mais je men fous.
Il y a quelque chose de mort dans mon cur à ton endroit. Que je compte ou non pour toi nest plus important maintenant. Je te téléphone seulement quand je pense à toi et que jen ai le goût. Pas quand je pense quil le faut pour être bon garçon. Aujourdhui je te regarde jouer avec ma fille de trois ans et je te trouve belle. Tu ris, tu joues. Je vois de la vie dans tes yeux quand tu es avec elle. Je redécouvre une femme avec des émotions, avec de la profondeur et des yeux pour les gens qui sont restés près delle dans la tourmente : tes deux fils et maintenant tes deux petites-filles. Ma fille tadore sans limite. Je trouve quelle est chanceuse davoir une grand-mère comme toi qui se met à quatre pattes et qui joue à ses jeux. Mais moi, jai changé. Je nai plus damour pour ma mère. Je crois que toutes ces épreuves mont permis de mémanciper en tant quhomme. Je fais ma vie sans quémander mon existence à ma mère. Maintenant je peux être bien avec toi sans amour ni passion brûlante. À moins que ce ne soit ça, le véritable amour ?
Le plus grand cadeau que lon puisse faire à ses enfants, cest quils naient pas besoin de nous !
Ton fils Éric, RHQ Montréal Le Bulletin,
Ah oui, la souffrance !
La souffrance des hommes. Tout à coup, tout le monde en parle : les
hommes souffrent ! Ah bon! Nous venons de découvrir une souffrance
inconnue ? De réaliser que le monstre d'acier fait finalement partie
du genre humain. La vie est étonnante, n'est-ce pas ? Les hommes souffrent...
Une variété de souffrance inédite, celle des hommes,
alors qu'on croyait avoir fait le tour de la question, répertorié
l'ensemble des souffrances possibles, qui avaient souvent la caractéristique
commune d'être provoquées par l'action des hommes sur les femmes,
les animaux, la nature, le reste de la création.
Alors, ils souffrent, dites-vous... On a parlé de la souffrance des
saints martyrs canadiens et de Maria Goretti, de celle des bébés
phoques, des femmes, des Noirs, puis du Tiers monde - avons-nous parlé
de celle des Noirs avant celle du Tiers-monde, je ne me rappelle plus -, de
celle des mineurs au fond des puits, des danseuses à dix dollars et
tout de suite après de celle des dames à cinq, qui dansent nues
elles aussi, des ouvriers congédiés, des financiers ruinés
et jetés en prison quand ils n'ont pas le temps d'aller rejoindre leur
argent au paradis fiscal, des gais mariés qui vont baiser des hommes
en cachette, de la femme que je vois chaque jour vendre une cannette au dépanneur,
craignant à chaque fois qu'on ne la vole, de celles de...
Notre planète souffre. Et les hommes dessus souffrent aussi. Bon. Leur
souffrance s'additionne à celles des autres. Elle s'ajoute au tas.
Quand cela est admis, faire de la place à dire aussi que les hommes
sont fiers et heureux, et tout bêtement contents de ceci, de cela, du
plaisir d'être ce qu'ils sont en tant qu'hommes, comme le sont les femmes
et les Noirs, les tiers-mondistes et les dames qui dansent nues à cinq,
parfois heureux, heureuses, pas toujours, de temps en temps, le plus souvent
possible. Faire des articles, des livres, des colloques, des occasions de
grands mouvements collectifs, à propos du bonheur dêtre
femme, homme...
Et fournir des ressources aux hommes qui souffrent, eux aussi. Afin de donner
des chances au bonheur.
Guy Dubé, RHQ Chaudière-Appalaches - Le Bulletin,
|